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En résidence dans un atelier partagé à Maurepas, trois artistes-auteures travaillent à garder traces des mutations qui s’opèrent dans le quartier : Laëtitia Foligné, Candice Hazouard et Lucie Rivoalen seront là de 2020 a 2023 pour saisir l’évolution du paysage urbain et ses effets sur les personnes qui l’habitent. Il ne s’agit pas là d’une observation extérieure ni d’un travail sociologique, mais bien de trois approches artistiques qui s’appuient sur la rencontre avec les habitant.es qui vivent ces transformations de l’intérieur.

Ces mutations ont en effet des incidences dans le quotidien de toutes et de tous à Maurepas. Cet atelier résidence, au coeur du quartier, est un espace nécessaire non seulement pour créer mais aussi pour permettre les échanges entre les artistes et les habitant.es qui inspireront les créations artistiques à venir.

C’est un endroit pour accueillir et recueillir la parole afin de développer une approche sensible et poétique, liée à des problématiques urbanistiques qui peuvent paraître froides et complexes.

Dans une unité de lieu et de temps, chacune des artistes-auteures réalise une proposition avec ses outils et sa sensibilité : film, photographie, enregistrement sonore. La diversité des pratiques permettra d’aboutir à trois productions individuelles qui se compléteront, se répondront : ces oeuvres formeront un triptyque qui dessine un panorama alimenté par trois points de vue.

Ce triptyque, regards croisés sur la mutation urbaine, donnera lieu à un temps collectif de diffusion en 2023, avec des restitutions publiques intermédiaires. Il reste à imaginer sous quelle forme ce projet sera présenté : projection, installation, exposition, édition, web-documentaire, etc. L’ambition de cette proposition serait de la porter au-delà de Maurepas, dans la mesure où ces questions d’urbanisme soulèvent des enjeux collectifs forts, qui questionnent l’évolution de la société dans son ensemble.

Objectifs :

Faire trace, action mémorielle, à propos du projet urbain, raconter « la ville invisible dans chacun de nous ».

Valeurs :

Respecter les paroles des habitant.es., garder une liberté absolue de fond et de forme, respecter nos démarches artistiques d’auteures qui ne s’inscrivent pas dans un travail de commande.

Pratiques communes :

Film, photographie, enregistrement sonore.
Sans exclure les formes potentielles de restitution : installation, exposition, spectacle, livre.

Méthodologie :

Exploration, écriture, repérage, tournage, montage, diffusion.

Partage d’un local :

Un lieu où l’on se rencontre à trois, on échange sur nos sources, nos références, nos projets respectifs. Un lieu où les habitant.es peuvent nous rencontrer, où nous pouvons créer des conditions de studio pour enregistrer et filmer.

Un projet sur 3 ans (2020/2023) :

Possibilité d’une restitution annuelle sous forme de point d’étape. Un statut de garantes de la continuité qui nous permettra d’appeler d’autres forces créatives à travailler avec nous (artistes, technicien. nes).

Au départ, 2020 :

Temps d’exploration dans le quartier, recherche et prise de contact avec les habitant.es, avec les struc- tures et les acteurs socio-culturels, reconnaissance des projets précédents qui font références. => ce temps permet l’écriture du projet.

Fenêtres sur Bourg de Candice Hazouard

La recherche Fenêtres sur Bourg interroge les grandes mutations sociétales et urbaines qui se sont déroulées pendant les Trente Glorieuses : l’arrivée des hautes tours d’habitation et du béton en architec- ture, la démocratisation de la voiture et de la voirie, le développement des télécommunications (télévi- sion, téléphone), la meilleure gestion des fluides (eau courante, électricité, gaz), du chaud (chauffage) et du froid (réfrigérateur).

Cette recherche documentaire et visuelle est réalisée en rencontre avec les habitant.es, au carre- four des pratiques de la photographie, de l’enregistrement sonore et de la vidéo. Fenêtres sur Bourg est un projet participatif, convoquant le patrimoine immatériel mémoriel en regard aux documents, principa- lement visuels : photographies, films d’archives, cartes, etc. Les archives collectées sont issues des fonds des Archives municipales de Rennes, du Musée de Bretagne, de l’Inventaire de la Région Bretagne, de la Cinémathèque de Bretagne, de l’Institut National de l’Audiovisuel, et aussi, des collections personnelles des personnes rencontrées.

# Bourg l’Evêque en 2018/2019

Le projet a démarré en 2017 dans le quartier Bourg l’Évêque à Rennes. Une série photographique, un propos documentaire en travail et une collecte iconographique restituent des souvenirs de la des- truction en 1964 et de la construction du nouveau quartier jusqu’en 1975. Par l’image, les souvenirs ap- paraissent tels une mémoire vivante ; j’ai rencontré les personnes qui ont connu le quartier avant la mutation urbaine, qui ont vécu la transformation dans les années soixante et qui vivent toujours dans le quartier.

Soutiens : La Ville de Rennes, le Conseil et la Direction du Quartier Ouest, les Archives de Rennes, la Bibliothèque de Bourg l’Évêque, Archipel Habitat.
Partenaires : L’Association du Bourg l’Évêque, les habitants du quartier, les Archives de Rennes, la Bibliothèque de Bourg l’Évêque, l’Association l’Antre-2 et l’Antre-2 Café, Les Ateliers du Vent, Canal B, la Cinémathèque de Bre- tagne, le Musée de Bretagne et Les Champs Libres, l’Institut National de l’Audiovisuel, La Maison des Sciences de l’Homme en Bretagne, l’Inventaire du patrimoine culturel de la Région Bretagne, l’École Nationale Supérieure d’Architecture en Bretagne, l’Association Ti Mad et la maison de retraite St Cyr, la Paillette, l’ADEC, la Maison de retraite de la Touche.

Fenêtres sur Bourg / H2020

Faïence et robinet d'origineTirage baryté contrecollé sur dibond, 40x60cm, extrait de la résidence "Horizons 2020"Exposition à la Maison de l'Architecture et des espaces en Bretagne Les Horizons : Avant d'entrer - Hall - Puit de lumièreTirages cyanotypes, 10x14cm https://youtu.be/lQRCL82fUPY Extrait de la vidéo "Gardien.nes" réalisée dans le cadre de la résidence Horizons 2020, célébrant les...

http://coxypy.fr

 

# Architecture du Confort Moderne à Rennes en 2019

La recherche s’est poursuivie en 2019, avec la réalisation d’une série de cent-soixante photos sur le patrimoine bâti des Trente-Glorieuses à Rennes pour la photothèque de l’inventaire de la Région Bre- tagne. La proposition photographique se constitue autour du quartier Bourg l’Évêque et l’œuvre de l’ar- chitecte Georges Maillols, aussi le focus porte sur l’architecte Louis Arretche et les grands-ensembles construits à Rennes : Maurepas, Villejean et Le Colombier. En 2020, je réalise une mission photographique sur les maisons en pans de bois pour le service de l’inventaire, continuant ainsi l’approfondissement du regard sur le patrimoine bâti.

Soutien : Service de l’Inventaire du Patrimoine de la Région Bretagne


Faire une recherche par nom : « Hazouard Candice » dans le moteur de recherche « Les auteurs »

Inventaire du patrimoine - Région Bretagne - Photothèque > Portail accueil

Constitué depuis la création du service en 1964, le fonds photographique de l'inventaire du patrimoine en Bretagne est riche de plus de 500 000 clichés.

http://phototheque-patrimoine.bretagne.bzh

La recherche sur le Confort Moderne se poursuit dans le cadre d’une résidence de création artis- tique depuis septembre 2019, avec l’école élémentaire de la Pierre Pourprée à Plélan Le Grand. J’inter- roge, avec une classe de CM1, les mutations des années soixante en zone rurale : arrivée du gaz, de l’élec- tricité, de l’eau courante, des moyens de transports comme la voiture ainsi que des objets de l’époque dite du confort moderne : le réfrigérateur, la télévision, le téléphone, etc.

Soutiens : La DRAC, La Ville de Plélan le Grand
Partenaires : Clair-Obscur, l’école élémentaire de la Pierre Pourprée, La Médiathèque de Plélan Le Grand, le Cinéma l’Hermine, les habitants de Plélan le Grand.

 

Résidence d'artiste - Candice Hazouard

L'école de la Pierre Pourprée accueille cette année l'artiste Candice Hazouard par l'intermédiaire de l'association Clair Obscur. Ce projet artistique est soutenu par la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) et la ville de Plélan-le-Grand. La classe de référence est la cohorte des CM1, le projet rayonne également sur l'ensemble de l'école.

https://ecole-lapierrepourpree-plelanlegrand.ac-rennes.fr

 

 

# Horizons 2020 en 2020/2021

Au second semestre, le projet Horizons 2020 s’inscrira lui aussi dans cette recherche : avec l’ar- chitecte Cécile Mescam, nous proposons une résidence de création à la croisée des pratiques de la pho- tographie et de l’architecture pour le cinquantenaire des tours Les Horizons, immeuble d’habitation de grande hauteur, bâtiment emblématique de la ville de Rennes.

Soutiens : Les Archives de Rennes, La Direction Culture de la ville de Rennes, La DRAC, Lamotte
Soutiens en attente : le Conseil et la direction de quartier Ouest, Territoires, la Région Bretagne
Partenaires : L’Association du Bourg l’Évêque, l’École Nationale Supérieure d’Architecture en Bretagne, la Maison de l’Architecture et des espaces en Bretagne, le Musée de Bretagne.

 

PRESENTATION : horizons2020

consiste en une série d'événements participatifs autour du cinquantième anniversaire des Horizons, tours de logements de grande hauteur emblématiques de la Ville de Rennes, construites par l'architecte Georges Maillols et le promoteur Lamotte au sein du grand ensemble du quartier Bourg Lévêque - en vue de la diffusion de la culture architecturale, urbaine et paysagère auprès du grand public.

http://horizons2020.info

 

Fenêtres sur Bourg # Maurepas en 2020/2021

La recherche sur le Confort Moderne se poursuit dans le cadre d’une résidence de création artis- tique depuis septembre 2019, avec l’école élémentaire de la Pierre Pourprée à Plélan Le Grand. J’interroge, avec une classe de CM1, les mutations des années soixante en zone rurale : arrivée du gaz, de l’élec- tricité, de l’eau courante, des moyens de transports comme la voiture ainsi que des objets de l’époque dite du confort moderne : le réfrigérateur, la télévision, le téléphone, etc.

Soutiens : La DRAC, La Ville de Plélan le Grand
Partenaires : Clair-Obscur, l’école élémentaire de la Pierre Pourprée, La Médiathèque de Plélan Le Grand, le Cinéma l’Hermine, les habitants de Plélan le Grand.

 

Résidence d'artiste - Candice Hazouard

L'école de la Pierre Pourprée accueille cette année l'artiste Candice Hazouard par l'intermédiaire de l'association Clair Obscur. Ce projet artistique est soutenu par la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) et la ville de Plélan-le-Grand. La classe de référence est la cohorte des CM1, le projet rayonne également sur l'ensemble de l'école.

https://ecole-lapierrepourpree-plelanlegrand.ac-rennes.fr

 

Lors de la mise en œuvre du plan d’urbanisme du quartier Bourg l’Evêque à Rennes en 1964, à l’écoute de la mémoire de M. Mélot, certains habitants de l’ancienne rue de Brest ont été expropriés de leurs commerces et logements afin de laisser s’installer le confort moderne. Les personnes sans com- merce et avec peu de ressources étaient relogées dans la cité d’urgence à Cleunay. Un commerce et un logement dans le quartier de Maurepas, nouvellement construit, étaient proposés aux commerçants de la rue de Brest, avec tout le confort moderne : eau courante, baignoire, chauffage et cellule commerciale salubre.

Lors de la résidence à Maurepas, je souhaite retisser le lien avec les personnes qui sont nées dans la rue de Brest puis ont migré au sein de la ville dans le quartier de Maurepas : comment racontent-elles l’ancienne rue de Brest, puis la migration intra-muros dans Rennes? Ont-elles vécu longtemps à Maurepas avec leur commerce ? Sont-elles restées à Maurepas à l’arrivée de leur retraite ?

Alors que Maurepas mute à nouveau avec la destruction d’une moitié d’un immeuble des années cinquante, la construction d’une nouvelle école, la transformation des centres commerciaux, l’arrivée du métro au Gast et au Gros Chêne, l’idée serait d’aller causer avec les habitant.es de la mutation initiale et de cette transformation urbaine actuelle. Il serait question d’aller discuter, échanger, de consulter l’ar- chive en prenant cinquante ans de recul pour regarder les phénomènes, distancier le rapport critique au changement tout en gardant un œil sur le présent ; cette distance temporelle comporte une véritable importance dans ma démarche artistique, de l’ordre de la catharsis, les événements et changements du passé sont digérés, il est plus accessible pour les témoins de porter un regard dénué d’émotions empreintes du présent.

Il s’agit d’éveiller les souvenirs, de comprendre par le vecteur de l’image, la mémoire des lieux modifiés dans l’urbanisme et la mise en place des progrès liés à l’époque. Les archives de Rennes et les archives du centre social confiées au Cabinet photographique (1400 diapositives) seront la base ico- nographique qui servira de vecteur de mémoire. L’idée serait d’explorer les archives avec les habitants afin de faire des allers-retours entre le temps des souvenirs et le présent, et d’engager avec eux une démarche d’archive visuelle pour le futur. Pour les jeunes générations, c’est prendre une certaine mesuredu vécu, l’occasion d’échanger avec leurs aïeux et d’autres témoins de l’arrivée du Confort Moderne, âgés entre soixante et cent ans.
Avec cette demarche de documentariste, j’aimerais réaliser un film à l’écoute des témoignages,

en regard aux mutations. A ce jour la forme n’est pas encore prédéfinie, cependant la volonté seraient de prendre le temps d’observer, de rencontrer, d’écrire, puis de restituer des paroles, des images, des sons, des documents collectés lors des échanges avec les habitants de Maurepas.

Soutiens envisagés : La ville de Rennes, Archipel Habitat, Espacil, Rennes Habitat, Aiguillon, Neotoa, Territoires. Partenaires envisagés : Le Cabinet photographique, Comptoir du doc, La Maison du Projet, La compagnie des Becs Verseurs, La Bibliothèque de quartier, les établissements scolaires.

 

Ouvre-moi ta fenêtre #2 de Laëtitia Foligné

Maurepas pas à pas...

Depuis sept ans, je passe beaucoup de temps dans le quartier de Maurepas. J’y ai mis en place et coordonne les rencontres documentaires DES HISTOIRES, avec l’association Comptoir du Doc. Cette manifestation s’est construite et ré-inventée au fil du temps en lien avec des partenaires variés : les élus, une vingtaine de structures et associations du quartier, et surtout les habitants.

Le projet DES HISTOIRES vise la rencontre par l’intermédiaire du cinéma documentaire. Un ciné- ma ancré dans le réel qui n’a pas pour but de nous apprendre des choses, mais de nous interroger sur le monde qui nous entoure. Nous défendons des films qui soulèvent des questions, plutôt que ceux qui choisissent d’y répondre. Les films que nous mettons en avant parlent de notre monde avec poésie, pas nécessairement pour sublimer la réalité, mais plutôt pour faire prendre au spectateur de la distance, afin de redécouvrir une parole, un état des lieux, un quotidien, avec un regard neuf. C’est une manière de rendre les spectateurs actifs, citoyens et engagés.

Au fil des années, DES HISTOIRES s’est installé à Maurepas, à La Bellangerais et aux Longs-Champs. Nous y avons décliné diverses approches artistiques que nous souhaitions transmettre aux habitants rencontrés, pour qu’eux-mêmes puissent se saisir de ces outils d’expression. Nous avons tout d’abord initié un travail sur le sténopé, dans la continuité du Cabinet Photographique mis en place par Jacques Domeau. Ce travail a donné lieu à l’exposition collective TRACE DE MA PLACE. Une fois le local du Cabinet Photographique pérennisé, nous avons interrogé les liens entre Maurepas et La Bellangerais en créant une balade sonore participative. Au cours de cette expérience collective, une centaine d’habitants ont appris à manipuler les micros et enregistrer des sons, que nous avons ensuite entremêlés, pour créer la déambulation poétique A VOL D’OISEAU.
>> La balade est à découvrir ici :

A cela s’ajoutent, des courts-métrages et créations sonores réalisés avec les élèves des collèges des Gayeulles et de Clotilde Vautier, le film ICI ON VIT réalisé en bas des tours de l’allée de Brno avec l’association Espoir et Entraide scolaire, une création sonore en cours avec « les jeunes qui traînent sur la dalle de La Bellangerais » (comme on les nomme souvent), une correspondance filmée entre des ado- lescents de Maurepas et de Pleine-Fougères (à venir à la rentrée), des ateliers-rencontres dans les biblio- thèques du quartier et bien sûr des projections en salle et en plein-air, disséminées un peu partout dans le quartier. Un travail de portraits filmés des habitants de la tour du 7 rue de Mounier, est également amorcé cette année, avec les jeunes de l’association Keur Eskemm.

 

Le projet OUVRE-MOI TA FENÊTRE #2

J’imagine ce nouveau projet dans la continuité de ma réflexion menée sur le quartier. Un regard sans cesse remis en question par les rencontres avec des habitants et des professionnels, mais aussi avec des gens de passage.

J’ai découvert Maurepas comme on explore un artichaut. J’aurais préféré évoquer une rose, mais l’image de l’artichaut lui sied mieux pour parler de son âme. Pour comprendre ce quartier et en découvrir le cœur, il faut l’apprécier feuille après feuille. Ne pas craindre sa rugosité, pour atteindre sa douceur ca- chée... L’image est peut-être un peu simpliste, mais elle évoque les multiples facettes qui constituent le quartier, et de ce fait, sa complexe représentation.
En effet, lorsqu’on pense enfin en saisir une vision, celle-ci se trouble, noyée sous mille anecdotes et trajectoires, qui recolorent en permanence son visage. Alors comment « faire portrait » de ce quartier, d’autant plus au moment où il est traversé par des mutations urbaines importantes ?

Quand je pense à ce territoire, je songe à ses tours. Véritable enjeu de la rénovation du quartier, j’y vois un terrain d’exploration à visiter encore et encore, au fil de l’avancée des travaux, pour observer et entendre ce qui change, mais aussi ce qui reste. Ceux qui restent.
Tout comme les feuilles toutes différentes constituent l’artichaut, les habitants sont l’âme de Maurepas. Pour percevoir les mutations urbaines, il me semble intéressant d’aller à la rencontre de ceux et celles qui les vivent au quotidien, et de leur laisser la parole. J’imagine en quelque sorte des fenêtres d’immeubles, avec des personnages que l’on aperçoit de l’extérieur, avant de rentrer dans leur intimité. C’est la multi- tude de témoignages qui guidera la création image et son, et donnera sens à ce projet, conçu comme un puzzle au montage non linéaire.

Le fond :

Cette période de confinement est un temps suspendu. Loin des tours, je prends des nouvelles des amis qui vivent à Maurepas. Je me réjouis d’entendre qu’une réelle solidarité s’est mise en place. A chaque coup de fil, on me parle davantage des liens entretenus avec les voisins, que des difficultés rencontrées à rester enfermé chez soi. J’en déduis qu’au-delà de portraits individuels, ce nouveau projet m’amènera à la recherche des fils qui relient les habitants les uns aux autres, pour créer des ponts entre leurs histoires et leurs perceptions du quartier. Des fragments de vie entremêlés, pour raconter un quar- tier et ses transformations.

Suivre sur trois ans le plan d’aménagement urbain, permettra de saisir l’impact de telles muta- tions d’un point de vue humain et sociétal, à travers le regard des habitants de Maurepas.
Nos échanges dessineront peu à peu le portrait de ce quartier au travers de ceux qui y vivent. J’ai l’intui- tion qu’introduire d’autres thématiques me permettra d’élargir le propos, au-delà des tours dont nous parlons. Des anecdotes surgissent parfois des histoires universelles...
>> Les voisins comme porte d’entrée : qui sont vos voisins ?
>> A quoi distinguez-vous l’évolution du quartier ?
>> Ce plan de réaménagement modifie-t-il votre quotidien ?
>> Quels chemins empruntez-vous ?
>> Comment imaginez-vous le Maurepas de demain ?
>> A quoi rêvez-vous ?

La thématique du rêve m’interpelle particulièrement car elle permet de naviguer entre deux formes de réalité. J’imagine l’utiliser comme préambule au projet. Cela peut sembler paradoxal, mais raconter ses rêves nocturnes, permet indirectement de parler de soi. On se sent moins mis à nu, comme si le chemin de pensée de l’inconscient n’était pas vraiment le sien. J’aimerais partir à la recherche de personnages hantés jusque dans leur sommeil par les transformations du quartier. Je ne sais pas encore si ces témoignages feront partie de la création finale, mais ils me permettront d’aller à la rencontre de nouvelles personnes, d’une manière un peu ludique. Un dispositif cinématographique reste à imaginer.

La forme :

Ma pratique artistique se tourne de plus en plus vers l’entremêlement d’images et de sons, qui permettent d’amener un regard poétique sur le réel. Aussi, j’imagine une création constituée d’un assem- blage de différentes techniques plastiques, en adéquation avec les personnages (photographie, cyano- type, collage, image vidéo ou pellicule, création sonore...), auxquelles feront écho leurs mots.
Le montage de ces portraits d’habitants entrecroisés soulignera en quoi les parcours sont multiples, se répondent, et se contredisent aussi parfois.

Il est évidemment trop tôt pour savoir quelle forme définitive aura le projet, cependant l’instal- lation semble un outil intéressant. J’aimerais inventer une forme artistique qui traduirait les transfor- mations individuelles et collectives observées. Cette création viendrait ainsi poursuivre la démarche artistique imaginée pour le projet « Ouvre-moi ta fenêtre » (2013), où il s’agissait d’appréhender senso- riellement les quotidiens d’adolescents à la ville et en campagne.

 

La ville en nous de Lucie Rivoalen

Réalisatrice et intervenante, Lucie Rivoalen démarre au lycée une exploration du médium ciné- matographique (BAC Cinéma audiovisuel). Émerge alors l’envie de réaliser des films. Le cinéma épanche sa gourmandise et ses velléités d’absolu, son besoin de connaître le monde, les techniques, les gens. En parallèle d’une licence d’écriture à L’ULB (Université Libre de Bruxelles) et d’une maitrise de cinéma à Rennes II, elle réalise plusieurs court-métrages de fictions notamment dans le cadre du collectif Kino qu’elle co-fonde sur Rennes. Elle se forme à la direction d’acteur (Stage artworx) et cultive une pratique corporelle et théâtrale, particulièrement du clown. Elle travaille depuis 10 ans pour l’association Zéro de conduite où elle explore des formes de créations participatives et documentaires avec une forte dimen- sion sociale et d’éducation populaire. Elle resserre aujourd’hui sa pratique sur une approche plus artisa- nale et personnelle de l’image à travers une recherche documentaire. En ce sens, elle rejoint le Labo K en 2016 où elle participe à la mise ne place de performances et d’installations poétiques.

MON HISTOIRE AVEC MAUREPAS

Dans le cadre de l’association Zéro de conduite, j’ai démarré en 2010, la mise en place de projets filmiques développés au cœur des quartiers rennais et tournés vers le recueil de témoignages en lien avec l’histoire de ce quartier. Ce cycle « mémoire de quartier » s’est étendu à plusieurs secteurs de la ville (Le Blosne, Cleunay, Maurepas, Villejean, Brequigny) puis à d’autres villes et villages en Bretagne. A travers ces multiples expériences, nous avions pour objectif de dresser le portrait d’une commune ou d’un quartier en partant de l’expression des habitant.es et en particulier des jeunes, tout en les accompa- gnant d’un point de vue artistique et technique à la réalisation d’un objet autour de l’image et du son. Ces créations sont construites comme des outils permettant de faire émerger la parole des habitant.es peu écouté.es qui souhaitent donner leurs ressentis, partager leurs regards sur ce qui les entoure. La mise en place de ces projets se fait en partenariat avec les services culturels et les services jeunesse des quartiers et des communes (MJC, Maison de quartier, Espace jeune, Centre social...).

Il me semble important ici de m’arrêter sur la démarche pédagogique et artistique portée par l’association. Elle est révélatrice de ma posture en tant qu’artiste vis à vis des amateurs-rices avec la-les- quelles je suis amenée à collaborer à travers ces créations participatives.

En 2012, je découvre donc le quartier de Maurepas dont je ne sais quasiment rien si ce n’est qu’il est le « premier grand ensemble construit dans la ville de Rennes, fer de lance à l’échelle nationale » avec « les logements sociaux les moins chers de la ville ». J’y suis très bien accueillie, malgré un manque criant d’espaces de rencontres pour développer et diffuser les initiatives des habitant.es. Il n’y a plus de maison de quartier, nous nous appuyons donc sur le Pôle Associatif Marbaudais en partenariat avec l’APRAS. Cette année là, nous réalisons Maurepas ,même pas mort qui aura une belle reconnaissance sur le quar- tier. Je décide de poursuivre l’aventure et d’accompagner au mieux ce film en organisant un cycle de diffusion avec les bailleurs sociaux. Cette étape donnera lieu à un autre film en 2013 : Les tours du monde. En 2015, je poursuis sur la thématique de l’histoire du quartier en accompagnant un groupe de seniors sur l’écriture d’un film documentaire à ce sujet. Parallèlement, j’anime un atelier de réalisation pour Rue des livres place du Gros Chêne.

En « m’installant professionnellement» à Maurepas, je constate des bénéfices forts sur les rela- tions engagées avec les habitant.es, ouvrant la possibilité d’aller plus loin ensemble sur des sujets actuels et politiques. En 2016 et 2017, je coordonne la réalisation d’un film de fiction portée par une habitante du quartier sur le thème du racisme ordinaire : 2002, les blancs, les noirs et les arabes (mot de passe pour le visionner : stopcliches). Puis, j’accompagne un groupe de jeunes filles du quartier dans la réalisation d’un documentaire afin de questionner la place des filles sur l’espace public : En quête de filles. A ce jour, le film est toujours diffusé et les jeunes réalisatrices continuent de l’accompagner.

LE FILM A VENIR : Premières intentions La ville en nous

Maurepas est en train de changer de visage. Des bâtiments disparaissent, d’autres sont rénovés, construits. Et puis ce n’est pas seulement le quartier qui bouge, c’est la ville toute entière car le métro c’est l’affaire de toutes et de tous.

En tant que personne vivant à la campagne, je m’interroge souvent sur la possible perte de re- pères engendrés par ces chantiers à l’infini, à voir la vitesse des changements, à se perdre dans les méta- morphoses jusqu’à oublier des espaces qu’on croyait connaître comme sa poche.
Je souhaite aller vers les habitant.es avec mes questionnements en assumant un regard « non-expert »
sur les problématiques urbanistiques, afin de prendre une posture d’apprenante lors des échanges avec les maurepasien.nes. La ville en nous c’est le quotidien indicible et invisible de chacune et de chacun. Ce quotidien qui sera impacté, parfois radicalement. C’est par l’intime que je souhaite aborder cette période de changements. Et c’est pour cela qu’une période de 3 ans me semble être une temporalité nécessaire. Si la ville est en nous, alors que se passe-t-il dans notre intimité quand un bâtiment s’effondre ? A qui, à quoi cela laisse-t-il une place plus ou moins temporaire ?
Peut-on être chez soi quand le décor change en permanence ?
Quels souvenirs émergent ? S’y accroche-t-on ?
Alors peut-on se raccrocher à un arbre, ou à l’espoir qu’il ne disparaîtra pas ?

Car à travers un programme de rénovation urbaine, il y a aussi une vision de l’espace public en creux. Et c’est là, que les rencontres ont lieu, c’est là, quelque part que naît le film.

J’envisage de travailler majoritairement en pellicule argentique super 8 et 16 mm afin de proposer une esthétique poétique qui donnerait accès à l’imaginaire collectif et aux imaginaires individuels, aux rêves d’hier et de demain. D’autre part, le grain de la pellicule argentique nous ramène à une certaine nostalgie qu’il serait intéressant de questionner, par rapport à des images de destruction par exemple. D’ailleurs, je crois que l’image argentique, quand elle propose une vision d’un monde plus actuel, nous parle du recul qui nous manque dans le présent pour évoquer des transformations que nous vivons.

Enfin, j’aimerais construire avec les habitant.es des séquences de fictions qui nous permettraient de sublimer le réel, de donner corps aux fantasmes, de s’échapper d’un quotidien rythmé par les bruits des chantiers. J’ai remarqué que la fiction est fédératrice, dans sa mise en œuvre notamment.
Un mélange entre fiction et documentaire nous amènerait, il me semble, à mieux appréhender sans les
hiérarchiser les réalités de chacun.e, qu’il ou elle vive ou travaille dans le quartier, qu’il ou elle soit béné- vole associatif ou urbaniste.
Le jeu sur la frontière fictionnelle confronte le spectateur ou la spectatrice à ses propres croyances et à sa propre expérience.

Voici les premières intentions pour cette création que je souhaite développer en écriture en 2020.